Thursday, 10 April 2014

Assemblée Générale de Nestlé - Intervention d'IBFAN-GIFA



10 avril 2014 - Lausanne

Chers Membres du Conseil d’administration, chers actionnaires,

Mon nom est Camille Selleger, je suis juriste et je m’exprime au nom de la Geneva Infant Feeding Association, membre suisse du réseau IBFAN. Vous vous demandez sans doute ce que j’ai d’important à vous dire. En fait, j’ai une simple question à vous poser : Pensez-vous que tous les enfants ont les mêmes droits ?

Pensez-vous que vos enfants, vos petits-enfants, ont moins de droits que les enfants des pays défavorisés?

Je crois que chacun d’entre nous connaît la réponse à ces questions. Les droits des enfants sont universels. Chaque enfant de cette planète a le droit à la vie, à jouir d’une bonne santé et d’une alimentation adéquate. A ce propos, l’année dernière, le Code international de commercialisation des substituts de lait maternel, mis en place pour protéger l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants des pressions commerciales, a été officiellement intégré à la Convention sur les droits de l’enfant. Le Code international est donc lui aussi plus que jamais universel. Le Comité sur les droits de l’enfant précise même que (je cite) « […] dans tous les contextes, les entreprises privées devraient s’y conformer... » C’est clair et limpide comme de l’eau de roche.

Cependant, le Conseil d’administration veut vous faire croire qu’il y a 2 poids 2 mesures, et que ce qui vaut pour les enfants défavorisés ne vaut pas pour les enfants d’ici. Nestlé dit qu’il faut respecter le Code international dans les pays pauvres, mais qu’ici cela ne vaut pas la peine. Selon Nestlé, nos enfants n’ont pas le droit à cette protection pourtant universelle, inconditionnelle et prévue noir sur blanc dans le droit international. Malgré ces évidences, le Conseil d’administration a la gentillesse nous faire rêver avec de jolis rapports pleins de photos attendrissantes, où l’on peut lire que Nestlé s’engage pour les droits humains. Comment peut-on affirmer qu’on respecte les droits humains alors qu’on ne respecte pas les droits des enfants ?

Vous savez, quand je pense à tout ça, j’ai un mot qui me vient en tête (et je pense que vous aussi): cynisme. Je sais que les affaires sont les affaires, mais pas à n’importe quel prix. Pas en se moquant du droit des enfants. Je suis une vraie Suisse, j’ai grandi ici et je sais combien Nestlé fait partie de notre patrimoine. Pour cette raison, la firme doit montrer l’exemple, pas seulement dans ses déclarations et dans ses jolis rapports, mais aussi et surtout dans ses actes. Faire des bénéfices, oui, mais avec conscience et respect. Et sans cynisme.

Ma question est la suivante : Le Conseil d’administration s’engage-t-il à ce que Nestlé respecte strictement le Code international et les résolutions postérieures qui s’y rapportent dans tous les pays du monde et sans distinction ?

Merci de votre attention.